Agression responsable STIB

Daniel avait été agressé dans le métro, le 28 avril 2007. Deux des quatre auteurs sont déjà dans les rues… Interview

BRUXELLES Il y a huit mois encore, Daniel Fontyn, 49 ans, était un homme normal, avec ses hobbys, ses passions, son métier, sa famille, son appartement… Durant la nuit du 27 au 28 avril, tout a changé. Agressé sauvagement par quatre individus ivres dans le métro Delta qui l’ont roué de coups et ont même sauté à pieds joints sur son thorax, il n’est plus que l’ombre de lui-même. En partie édenté, il vit… survit… dans un centre de neurologie.

Incapable de marcher sans un déambulateur, il a échappé de justesse à la mort. Après avoir passé 15 jours dans le coma, il s’est réveillé différent. Touchant, émouvant mais tellement différent. Il y a quelques mois, nous avions été lui rendre visite dans sa nouvelle demeure, une chambre d’hôpital. Hier après midi, nous avons décidé de le revoir afin de lui demander comment il se sent, bien évidemment, mais surtout ce qu’il pense du jugement de ses quatre agresseurs.

Fin du mois de décembre, le tribunal correctionnel a en effet prononcé un jugement qui fait grand bruit depuis sur Internet. « Une honte pour la justice belge », titre un e-mail qui circule intensément.

Détails (si l’on décortique la peine, les sursis, la détention préventive) : Nicolas M., 19 ans, devra purger une peine de 20 mois de prison. Il est toujours détenu à la prison de Forest.

Jérémy S., 19 ans, devra purger encore 18 mois de prison (avec conditions). Il est toujours à la prison de Forest.

Nicolas P., 19 ans, a obtenu un sursis… Il est donc en liberté.

Manoë R., 19 ans, qui n’a jamais fait un seul jour de prison, a été condamné à une peine de 150 h de travail. Il est donc libre. « Il y a appel du jugement », précise le parquet.

En attendant un nouveau procès, deux agresseurs sont en liberté, deux sont en prison… Et Daniel ? Il est libre mais prisonnier de son handicap. « Il est invalide à 95 %, neurologiquement et physiquement », nous explique sa belle-soeur. « Il s’exprime difficilement. Il répète souvent la même chose et puis oublie aussitôt. »

Effectivement, lors de notre visite, Daniel ne nous a pas reconnus. Bien que, physiquement, nous ayons trouvé une évolution puisqu’il a pris quelques kilos, Daniel éprouve des difficultés à parler. Mais il a tenu à évoquer son procès. « Non, je n’y ai pas été. On m’en a parlé. On m’a dit que mes agresseurs n’avaient eu que de petites peines. » Silence. « Et moi, je suis là, dans cette chambre. Je m’ennuie. Je ne fais rien. Je ne suis plus rien. Ils ont volé ma vie. Je suis vivant, c’est vraiment tout. Il paraît que j’ai de la chance », nous dit-il en montrant son corps. « Regardez mon visage, mes dents, mes bras qui ne bougent plus convenablement, mes jambes qui ne tiennent pas longtemps debout. J’ai la tête qui tourne tout le temps. On dirait que je suis saoul. Je ne sais ni regarder la t élévision ni lire un livre… Mais il paraît que je suis vivant. »

Et lorsque l’on évoque ses agresseurs, Daniel est clair : « Non, je ne veux pas les voir. J’ai eu un face-à-face et regardez le résultat ! Et honnêtement, j’espère qu’ils seront suivis de très près pour que plus jamais quelqu’un d’autre ne croise leur chemin lorsqu’ils auront bu à nouveau ».

Et l’avenir ? « Dans le centre pour un temps limité, nous allons devoir le placer. Il ne peut vivre seul et sa place n’est plus dans un hôpital », nous explique sa belle-soeur qui précise que son appartement a été vidé et reloué. « Il va sans doute vivre avec son père »… dans un home pour personne âgées !

« Pourquoi pas ? », nous dit Daniel qui espère que, là au moins, il y aura des activités pour lui.

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Mcqueen
Mcqueen
22 décembre 2010 21 h 47 min

Quelle justice! … et c’est pas mieux en France

peacefully
peacefully
23 décembre 2010 1 h 23 min

En même temps, un jugement au prorata des dommages commis envers, ici l’homme agressé, serait aisément contestable, je pense. La justice a ici rendu un jugement non sur les dommages subis par la personne, mais sur l’acte en lui meme. Et pensez à une justice qui appliquerait la loi du « talion », que devrait elle faire ? Les rendre invalide à 95% eux aussi ? ou bien les emprisonnés à vie ? Cette dernière solution équivaudrait vraiment à une vie de légume? J’en doute. Bref, on voit ici la justice imparfaite, faillible et sous laquelle nous vivons tous. C’est la merde.

frontana
frontana
23 décembre 2010 7 h 48 min

Ils sont où les fachos …?

Esteban
Esteban
23 décembre 2010 14 h 13 min

Encore des noirs et des ara… ah non ? Mince alors !