Critique de l’album Random Access Memories des Daft Punk

Ce n’est pas pour rien que les Daft Punk sont les français les plus connus au monde.

Les robots parisiens (et non pas versaillais comme les journalistes le prétendent depuis si longtemps) ont finalement chargé leur batterie pour nous pondre l’album si attendu. Jusque là, tout va bien. L’annonce des collaborateurs était un choc pour certains, une espèce de triche pour d’autres, reprochant les Daft de travailler sur une « compilation entre amis » plutôt que des compos personnelles, rappelant la bonne French Touch qui gâte les amoureux de la musique depuis presque 20 ans et qui a révélé des producteurs posés dans leur chambre avec seulement un sampler, quelques claviers et une envie sans limite d’en mettre plein les yeux.

Bon, on peut dire qu’ils ont plutôt réussi. On a connu les Daft discrets, on a connu les Daft à l’univers si particulier, on a connu les Daft aux lives renversants et aux tubes intemporels mais on ne connaissait pas les Daft musiciens. Avec une communication qui a provoqué des avis mitigés, on a commencé à s’inquiéter : à la limite de l’agacement avec une technique marketing prétentieuse où les collaborateurs affirmaient sans gêne que cet album était d’une magie incomparable, d’une finesse splendide, que les robots étaient des artistes qui avaient tout compris à la musique et qui, en gros, étaient les meilleurs, un peu à la Tim Cook qui nous présente l’iPhone5 comme une révolution technologique. Une telle réputation et un discours pareil méritent du lourd. On s’attend même à du très très lourd.

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On sait très bien que les Daft cultivent le secret comme McDo cultive les patates : ils savent ce qu’ils font. Seuls les gens ayant signé une charte de confidentialité pouvaient écouter l’album et devaient avoir l’autorisation des Daft pour écrire quoi que ce soit dessus. Malgré toutes ces précautions, le 13 mai 2013, le leak de l’album complet sort. En 10 minutes de temps, Twitter s’enflamme, Facebook déborde, Google étouffe : l’album fait le tour du monde et les critiques sont tout de suite au rendez-vous. Les Daft n’ont plus le choix, ils proposent dans l’heure qui suit un streaming de l’enregistrement complet sur la plateforme iTunes.

Je me suis donc empressé de l’écouter sans tarder. Je faisais partie des gens qui commençaient à en avoir assez des vidéos des collaborateurs et voulaient du son.

Je lance RAM. Dès la première écoute, j’ai le souffle coupé.

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RAM est le son qu’il fallait. Ça commence d’entrée de jeu avec une intro classique, d’une fraîcheur incontournable, d’une précision tellement bien maîtrisée que je me suis dit que ça valait le coup et que ces 2 compères avaient vraiment tout compris à la musique. Ça continue avec une petite balade un peu mélancolique, qui enchaîne sur un track de 9 minutes en crescendo avec soli de basse, batterie et guitare, puis on va vers des chansons de plus en plus touchantes avec un sens du funk rare. On sent les Daft reposés comme s’il rentraient d’une soirée où les woofers crachaient du watt et qu’ils avaient besoin de s’allonger un instant.

On découvre des Daft Punk enrichis, des Daft Punk imposants, des Daft Punk avec un style remis à zéro, simple et très efficace. Des compositions très catchy, des vocoders toujours présents avec un côté humain techniquement parfait, une guitare au groove impayable, une basse ronde, des claviers rétro, une batterie remplaçant les boîtes à rythmes avec des batteurs dont la renommée n’est plus à faire (batteurs studio de George Benson, Stevie Wonder et Michael Jackson), une production irréprochable et des ingés au son monstrueux.

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Et là, j’ai commencé à remarquer une montée de critiques très négatives, voire même insultantes. J’ai donc compris que l’album ne plaisait pas à tout le monde, loin de là, avec pour arguments « ce ne sont pas les Daft », « ça ne ressemble pas du tout à Discovery », « on ne peut pas danser là-dessus ».

Les Daft Punk ont évolué et il est évident que 8 ans après leur dernier album studio, la musique n’allait pas être la même. Ils ont mis de côté le sampling (seulement un sample fut utilisé pour composer Contact) pour donner du vrai, du sincère, de l’authentique. La majorité des instruments sont joués en live au studio et on entend les claps de toute la dream team ressurgir dans des chansons telles que Lose Yourself To Dance ou le fameux Get Lucky, déjà entendu presque trop de fois.

On ne peut pas reprocher aux parisiens d’avoir autant travaillé sur un album, où on découvre de nouveaux éléments à chaque écoute et où la musique nous touche de plus en plus chanson après chanson. On ne s’en lasse pas. Et c’est là où reconnaît les Daft Punk. Ils sont là, le « come on come on come on » de Lose Yourself To Dance se suffit à lui-même pour montrer qu’ils vont rester encore un petit bout de temps sur la scène musicale.

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Les critiques sont très dures au sujet de l’album qui n’est pas savouré à sa juste valeur et rabaissé par une incompréhension globale. En effet, c’est un album réservé à un public plus averti et amateur de musique et qui sait reconnaître une musique travaillée quand il l’entend mais RAM reste néanmoins très accessible. Il est simple sans être facile, il est propre sans être minimaliste et il est surtout classe. On sent le soin du détail et non pas un LP bâclé.

Les albums Homework et Discovery, qui restent des références en matière de sampling et de tubes à la fois techno, house avec une pointe de disco, ne sont pas effacés de la discographie des robots. Il ne faut pas penser que les Daft ont mis l’electro de côté, il faut simplement voir RAM comme une valeur ajoutée qui prouve qu’ils sont sans cesse en recherche de quelque chose de nouveau. Les albums ne sont pas comparables, il suffit de les prendre à part et de comprendre ce que les robots ont essayé d’exprimer dans chacun d’eux. Les artistes se doivent d’innover sinon ils s’ennuient et s’éteignent. On a ici la preuve que les Daft sont bien réveillés et que leur batterie est chargée à bloc.

Cet album est puissant et bourré d’émotions, il ne faut pas s’imaginer en train de se sauter dans un club parisien sur un gros beat techno avec une Tequila Sunrise dans la main ; il faut juste se téléporter dans une Cadillac décapotée dans les rues de San Francisco, au soleil couchant, les cheveux dans le vent, un sourire au coin des lèvres, en bougeant la tête au rythme des tambourins. C’est une sensation très étrange et inexplicable qui s’empare immédiatement de vous.

Malgré la vague de critiques très nombreuses, par des gens qui se disaient pourtant fans des Daft sans respecter leur travail ni même essayer de le comprendre en qualifiant l’album de mauvais avec une écoute de 30 secondes de chaque track sans les finir car ils qualifient l’album de mou et sans intérêt, RAM est un chef d’oeuvre musical. On en ressortira dans quelques années comme une référence avec des artistes qui ont su redonner vie à un groove enfoui dans une scène où la musique doit être la plus forte possible pour être entendue et où la mélodie est parfois dure à percevoir.

Je pense qu’il faut au moins 2 écoutes complètes de l’album pour commencer à comprendre le message des Daft Punk, à savoir remettre à jour la musique d’il y a 40 ans à travers leurs yeux de bidouilleurs de machines.

Un album qui en inspirera plus d’un et qui ne vieillira pas, ou bien alors comme du vin, un grand cru que l’on ouvrirait lors d’une soirée dégustations de bons sons.

On se régale, on en redemande.

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Deteckt
Deteckt
18 mai 2013 19 h 12 min

Excellent article ! Tout est dit, l’album est exceptionnelle, découvrant une nouvelle facette des Daft punk, tout en gardant leur savoir, bref j’adore !

k3b4b
k3b4b
18 mai 2013 19 h 40 min

A la première écoute, comme tout mélomane qui se respecte ayant écouté les précédents opus de nos frenchies, c’est bien évidemment le « wtf » le plus complet, avec un premier morceau qui nous catapulte directement 30 ans en arrière, les « voix robotisées » en plus. Bon, pourquoi pas. Comme tu l’expliques à juste titre, après 8 ans, quoi de plus normal que leur musique évolue. Donc, en bon joueur, et même si à la première écoute c’est de la soupe – de la funk en moins bien en gros hein – je laisse donc défiler l’album, qui passe bien en musique de… Lire la suite »

Guizmo
Guizmo
18 mai 2013 19 h 43 min

TheFrenchKid est-il l’auteur de cette critique? Chapeau a lui si c’est le cas il a su retranscrire exactement ce que je n’aurai su ecrire. Album acheté hier, je m’en lasse pas. ENFIN de la VRAIE BONNE musique, travaillée, détaillée. Musicalement c’est parfait. tout ce qu’on gagnera à les critiquer c’est un boycott de représentations lives en France, alors que les pseudo musicos accros aux merdes actuelles se calment et écoutent.

Ben
Ben
18 mai 2013 19 h 59 min

Vraiment le genre d’articles qu’on veut voir plus souvent sur EVO.
Je partage tout à fait cette analyse !

DRAGO
DRAGO
18 mai 2013 20 h 12 min

ils feront jamais mieux que homework , c’est de pire en pire les daft punk !!!

Anonyme
Anonyme
18 mai 2013 20 h 20 min

Article pompeux et gonflant, dénue de toute objectivité (en même temps avec comme phrase de départ : « Ce n’est pas pour rien que les Daft Punk sont les français les plus connus au monde. », fallait pas s’attendre à autre chose). On enchaîne les formules lourdes de grosse lèche. A le lire, c’est comme si Daft Punk avait sauvé le monde et inventé la musique moderne. On va rester gentil et mesurer ses propos. On pense ce qu’on veut de l’album, mais le rédacteur de l’article doit sérieusement se remettre en question. Une critique expose les bons et les mauvais cotés.… Lire la suite »

k3b4b
k3b4b
18 mai 2013 21 h 55 min

Si on veut des « sensations », on peut se tourner vers du vrai génie musical contemporain aussi hein. Comme « Archive » avec leur sublime album « With Us Until You’re Dead » et ses « must-have » Violently, Silent ou Hatchet: https://www.youtube.com/watch?v=WcK4n-DqlQI Comme « Florence & The Machine » et ses morceaux « Cosmic Love » ou « No Light, No Light » Comme « Emika » véritable révélation trip-hop qui s’est fait connaître avec ses morceaux « 3 Hours » ou « Double-Edge » Comme « Grimes » qui commence enfin à percer publiquement après ses génialissimes « Oblivion » et « Vanessa » Comme « Die Antwoord » les trublions du zef, avec « Evil Boy », « I Find U Freeky » etc. Comme « Professor Green » Comme… Lire la suite »

Alex
Alex
18 mai 2013 21 h 58 min

AMEN !

rom
rom
18 mai 2013 22 h 29 min

de loin l’album le plus chiant et avec le moins d’intérêt musical de touts les daft punk.
rien de nouveaux mais tout le monde s’extasie ,parce que daft punk .
réécoutez daft club ou homework,c’est ce genre de zik qui ont fait leur succes .pas cette espece de soupe sur lequel ils se sont branlés pendant 2 mois et avec laquelle tout le monde se branle maintenant …
esteban,soit ta 12 ans soit tu comprend pas grand chose a la music pour balancer une énormité pareille

pierree
pierree
18 mai 2013 23 h 14 min

c’est juste un album , pas une nouvelle version de la bible… si les gens n’aiment pas, on s’en branle. les goût et les couleurs…

Barabas?
Barabas?
19 mai 2013 0 h 04 min

Première écoute très agréable, un album de qualité,beaucoup moins électro qu’avant,funky,c’est sain, ya pas un gramme de dubstep (ouf),bref ça fait plaisir, et heureux qu il ne plaise pas aux groupies des débuts :D. Sinon k3b4b, merci pour les artistes à découvrir, voir ce que tu trouves bon en ce moment, c’est intéressant, par contre die antwoord, c’est vrai que ça change, mais bon c’est pas vraiment de la « bonne » musique comparable à archive ou autres,c’est du buzz, avec du look ultra-crado qui plait aux jeunes(certes ça sonne bien des fois,mais bon « i think u freaky  » c’est plutôt avec… Lire la suite »

Edouard
Edouard
19 mai 2013 1 h 05 min

Le truc intéressant de cet album c’est qu’ils vont s’en servir pour sampler, et faire des tubes pour leur prochain album 😀

Anonyme
Anonyme
19 mai 2013 2 h 25 min

Steve ! T’étais au cabaret Sauvage ? Je les ai vu mardi dernier ! 😀

eddybyzeway
eddybyzeway
20 mai 2013 14 h 25 min

Enfin une analyse constructive et intelligente de l’album. Merci TheFrenchKid.
« giorgio by moroder » et « Doin it right tournent en boucle 😉

Tulleb
Tulleb
21 mai 2013 11 h 28 min

Bravo TheFrenchKid et merci pour cet article construit. Il explique enfin ce que les adeptes de Daft Punk (après RAM, on ne peut plus être seulement ou simplement des fans) ressentent en écoutant ce « chef d’oeuvre musical ».

dark wizard
dark wizard
21 mai 2013 20 h 35 min

Merci French kid pour cette excellente analyse à laquelle j’adhère totalement!!! Laissons les incultes de la musique et les tanches de critiques pourrir dans leur ignorance! Je confirme pour le come on come on come on from lose yourself to dance…

ROB
ROB
23 mai 2013 18 h 52 min

Ceux qui sont déçus par RAM n’ont qu’a réecouter HUMAN AFTER ALL avec ses mélodies quasi inexistantes et un single Robot Rock constitué de la meme boucle durant quatre minutes . Je pense que RAM est largement supérieur et surtout beaucoup plus musical et accessible.

ROB
ROB
25 mai 2013 20 h 47 min

Pour ce qui est de HOMEWORK cité souvent comme une référence , il faut tout de meme souligner que outre les 4 singles cités précedement cet album renferme quelques titres de « remplissage » et que RAM est de loin plus abouti .

ROB
ROB
25 mai 2013 20 h 57 min

il faut plutot considèrer ce nouvel album de DAFT PUNK comme un hommage à leurs idoles disco/funk de leurs enfances et non comme une suite a leur exploration de la musique electronique contemporaine et nul doute que leur prochain album sera plus en phase avec leur vision futuriste de la musique .qu’en pensez vous ?

frenchlook
frenchlook
27 mai 2013 10 h 24 min

Excellente chronique !

Faction
Faction
4 juin 2013 17 h 02 min

Excellent article, certes l’album change, et on ne peux pas trop bouger dessus, mais après une bonne journée de lycée, il me tarde d’écouter cet album pour me détendre, qui est très riche en émotion. Puis si je veux bouger je ressort Discovery, et si je veux entendre un son un peu plus hard, je sort Homework. Daft Punk à réussi à montrer que même les robots ont des émotions! 🙂

anono
anono
10 juillet 2013 16 h 02 min

Mais bordel lisez la presse ils ont fait cet album pour le remixer eux mêmes !!!!!!!
A partir de là on peut déjà crier au génie !!!!!!
Ceux qui avaient eu cette intuition dès la sortie de RAM sont les vrais fans des Daft Punk !!!!!
A bon entendeur !!!!!!