Différente façon de voir les choses…

Différentes façons de voir les choses…

Ce lundi matin je retourne bosser et je prends la pluie, mes pieds sont trempés, j’ai froid, ça me rappelle étrangement mon week-end, un surf-trip improvisé avec mon pote de PARLEMENTIA quelque part sur la côte de Lumière, « back to the roots » dans un endroit où j’ai commencé le surf dans les années 80’s ….

Jeudi soir sur l’autoroute on se raconte nos vies pendant quatre heures, on arrive vers minuit et demi au Formule 1 de la Roche sur Yon, dans le couloir on entend des râles, c’est la porte 115, « oui,oui,oui, yes, yes, yes, … » ambiance !

A 7 heures et demi le vendredi matin on est sur le pied de guerre, douché, équipé, on fait l’impasse sur le petit dej F1 ce qui fait rigoler la charmante petite blonde qui tient l’endroit, on se dit qu’elle doit en voir des vertes et des pas mûres, on passe rapido dans le hall avec nos boards sous le bras et c’est parti !

A 8h30 on est sur le spot de mes débuts, personne à l’eau, soleil, pas de vent, petite houle de longueur moyenne, c’est glassy, on fonce à l’eau au milieu des mouettes, je reconnais les lumières argentées dans les parois des vagues, je suis ému, ça me rappelles mes premières sessions en 1986, à l’époque pendant ce premier été je prenais surtout des droites, aujourd’hui c’est plutôt la gauche qui marche, la houle est mini mais on sent le potentiel du spot et les sets rentrent régulièrement.

Plaisir d’être à l’eau avec un pote, on surfe tranquillement pendant deux heures, on s’échange nos boards , 6.2 contre 6.8, et retires-moi ce leach qui détonne dans le paysage, je donnerais beaucoup pour avoir un longboard de 10 pieds avec ces conditions, je ferme les yeux et j’imagine des nose-rides impossibles en position yogique, je commence à avoir froid aux mains et ça me réveille, on rentre sur la plage au milieu d’un banc d’éperlans, l’eau transparente, la marée franchement basse, et ce long W.E qui ne fait que commencer !

Direction le supermarché local, tout a changé dans la station balnéaire de mon enfance, toutes ces constructions modernes ultra-moches, quel putain de fucking gachis !

La société de l’ultra-consommation… heureusement que le soleil brille pour tout le monde comme dit la chanson.

Brioche, jus d’orange, bananes, carottes rapées et céleri rémoulades, riz Thai, merguez, on file sans se retourner vers un spot de pêche, on mange en attendant que la mer remonte, et là en plein soleil, sur un petit bras de marais salant, on taquine la friture locale, attention si c’est trop petit faut remettre à l’eau, ça aussi ça a changé, il y a 20 ans tu prenais tout ce que tu voulais, aujourd’hui les bars sont en train de disparaître de la circulation, il faut protéger leur développement.

Je n’ai jamais eu de chance à la pêche, je prends dans l’ordre un escargot de mer, un petit crabe rouge, un mini gobi, une vive et un mini-bar de 2 cm , tout ce petit monde file illico dans le courant …

Mon pote prend quelques bars, on les relâche, trop petits …

Plein soleil, à l’abri du vent du Nord derrière une dune, mes paupières font relâche mais il ne faut pas mollir et trouver un endroit pour la nuit. On choisit un bout de plage désertée par les nudistes, des petits murs de galets vont nous abriter du vent du nord, pas un nuage, des amis vont nous rejoindre pour un petit feu de camp improvisé, les merguez de l’amitié, quelques bières, les soleil tombe lui aussi, c’est la pleine lune qui se lève, incroyable, un soleil de nuit, au-dessus de la dune, ramassage du bois mort sur la plage, l’eau chauffe pour le riz, on se couvre, je sors un bonnet au cas où, ça rigole, ça discute, vers 23 heures je tombe justement sur mon sac de couchage , je m’équipe, polaire, coupe-vent imperméable, j’ai la tête dans les étoiles, ça brille dans ma tête, la grande ourse, les étoiles filantes, et la lune qui continue son périple, des pêcheurs qui passent avec leurs loupiottes, surréalistes, nos amis qui veulent nous héberger, no way ! Cette nuit on dort à la belle étoile, pour se nettoyer de nos vies trop urbaines et avoir des rêves étoilés plein la tête.

A 4 heures du mat je me réveille pour aller pisser, je réveille malencontreusement mon pote, il fait un froid polaire, nos duvets sont trempés, je file raviver le feu, heureusement il y a encore quelques braises, j’ai l’impression que c’est une question de survie, je ramasse du bois sur la plage, tout est trempé, incompréhensible, il n’ y a pas un nuage dans le ciel, la lune est juste au-dessus de nous et éclaire toute la plage, la mer est haute, c’est étrangement calme, absolument pas de vent, seul le reflet des mini vagues sur cet océan limpide et noir comme un miroir nocturne, on pourrait presque aller surfer avec 1 mètre de plus mais ce serait une très mauvaise idée à 4 heures du mat dans ce froid et cette humidité mystérieuse.

Je ne comprends rien et puis soudain on la voit, devant nous, troublante : une brume épaisse qui s’est abattue sur la dune, un brouillard à couper au couteau, on se croirait dans un roman noir du 19 ème siècle, les étendues de bruyères ont disparu sous un voile épais et humide qui s’est abattu aussi sur nous : nous sommes fait comme des lapins de garenne, piégés sur ce petit bout de paradis devenu glaçant. Pas question de baisser les bras, on se réchauffe autour du feu et on se recouche vers 5 heures. A 7 heures c’est la lune qui se couche définitivement, il fait désormais nuit noire et pour un dernier petit peu feu avant l’aube il devient difficile de trouver du bois. On réchauffe quelques braises et à 7h30 le jour se lève, découvrant la plage de mystérieux halos brumeux, des couleurs magiques, le soleil d’octobre, la lumière rasante du matin, les étendues liquides qui se déversent sur la marée basse, quelques promeneurs équipés comme des scandinaves, on se rend compte qu’il fait zéro degré …

Heureux des lumières, du soleil qui vient sécher nos sacs, même s’il n’y a finalement pas de vagues à cet endroit, nous trainons sur cette plage magnifique de solitude, on pourrait être au Chili ce serait pareil. On n’a ni café ni thé, on boit de l’eau réchauffée sur les braises, il parait que c’est bon pour la santé, nous trainons un peu, déconnectés …

Nous rejoignons notre voiture avec nos sacs sur le dos, les planches, les combinaisons, le cliquetis des bouteilles vides qui nous rappellent notre soirée sympathique au grand air … Sur le chemin une vieille dame un peu méfiante nous conseille d’éviter de dormir sur la plage, il parait qu’il y a des sangliers qui trainent à la nuit tombée … Je me dis que c’est sans doute un truc pour effrayer les nomades qui dorment n’importe où et je rigole en pensant à la bête du Gevaudan, décidément nous sommes sur une terre de contes et légendes, pour une fois qu’une espèce n’est pas en voie de disparition !

Le café, le thé, nous le prenons en terrasse sur une plage locale, le soleil a repris ses droits et une seule solution s’offre à nous pour nous requinquer : aller surfer !

A nouveau sur la plage de mon adolescence, par le petit chemin discret qui traverse les dunes, je cours sur le chemin dans l’attente de la surprise, il y a aura-t-il des lignes de houles ?

Je repense à toutes les sessions passées sur cette plage, les Smiths à fond dans le walkman, l’album Hatful of Hollow de 1984, j’ai un gros flash, je me revois fermant les yeux sous la douche et fantasmer des lignes de houle qui m’arrivent dans la gueule.

C’est petit mais toujours surfable, la houle est plus longue qu’hier, pas un nuage, océan glassy, je suis complètement nostalgique en ramant vers le peek.

A nouveau deux heures à l’eau, du pur bonheur, juste le plaisir d’être à l’eau au milieu de ces petites vagues parfaites, des droites, des gauches, ça ouvre, ça ferme, on s’en prend plein les yeux …

Quand je pense qu’ils annoncent 1,50m dans trois jours et qu’on sera déjà parti …

Fin de la session, crèpes au jambon de pays, chocolat et caramel liégeois dans un petit port de la région, un passage au surf-shop pour checker les boards, une sieste ( enfin ! ) à l’ombre d’un parking et nous retrouvons nos amis qui nous ont gentiment proposé une douche, un dîner et un toit pour la nuit !

Le plaisir simple d’une douche bien chaude, d’enfiler des chaussettes propres … tout un programme de réflexion !

Dîner consistant : tarte aux légumes, rizzoto, patisseries, vin rouge local, les guitares sont de sortie : on chante Muse à tue-tête « You could be my unentented choice to live our life together, you could be the one I allways love ! », c’est cool d’avoir des amis musiciens, on s’écroule à nouveau à 23 heures, on est des petits vieux maintenant, mais surtout on doit de se lever à 8 heures pour aller surfer.

Nutella, pains grillés, embrassades, on repart pour le fameux spot, dimanche matin, personne dans les parages, pas de houle, vent du sud, inutile de tortiller, il faut rentrer chez nous, l’autoroute nous attend …

Je regarde une dernière fois l’Océan, un brin mélancolique, et je me retourne vers la dune, pensif.

Et soudain je le vois à une centaine de mètres, en haut de la Dune, qui regarde le spot lui aussi, le museau frémissant, le souffle puissant dans le matin glacial, peut-être même brumeux, who knows ?

Le sanglier.

Il nous regarde pendant quelques secondes et file dans les bois vers de nouvelles aventures.

Je souris en pensant à la vieille dame, je remets un peu de wax sur mes souvenirs d’adolescence et nous reprenons la route, nous aussi vers de nouvelles aventures …

GIPSY TITI

Lien/video/photo: http://www.parlementia.com/blog/?cat=292

Cet article est issu de la Tribune Libre. L’opinion exprimée n’engage que son posteur, et en aucun cas l’équipe rédactionnelle du site.

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Georges
Georges
13 juin 2010 23 h 42 min

Pavé César !