Facebook, cette « saloperie »

En 2008, désireux de renouer contact avec un ami perdu de vue, je fais une petite recherche qui me conduit vers Facebook…

Encore méconnu, je ne trouve point mon ami d’enfance mais je m’inscris tout de même sur ce site en encodant ma véritable identité sans réel espoir d’être retrouvé. Le site me semblait peu visité et éphémère. Mais quelques mois plus tard, je reçois un mail: la personne recherchée a fait de même et m’a demandé en ami! C’est le début de ma vie facebookienne!

Au début, on est dans la phase extase: revoir des personnes qu’on n’a plus vu depuis l’enfance, fait son petit effet. Retrouver des photos de classe qui manquait à notre collection aussi. Et puis, c’est l’enfer. Mark Zuckerberg se fait connaitre et on se rend compte que l’on est un pauvre disciple de sa secte. Je désactive mon compte. Le lendemain à l’école, une fille de ma classe me dit: « T’as vu à quoi ressemble la nouvelle petite-amie de Cédric? Dommage, c’est sur Facebook et nulle part ailleurs ». Je réactive mon compte, je regarde la photo et je le désactive à nouveau. Le jour suivant, toujours cette fille: « T’as vu sur Facebook l’album d’Amélie, c’est énorme non? » et là, je craque: « Hé connasse, tu me lâches, c’est fini pour moi Facebook, je préfère crever la bouche ouverte que d’y retourner! » et elle réplique sur le coup: « Tant pis pour toi, tu ne vas jamais connaître les saloperies que l’on a écrit à ton sujet et puis t’aurais pu être plus souriant sur les photos publiées à ton insu, t’étais bourré non? ». Une fois mon compte réactivé, je ne trouve rien sur ma personne et je constate par la même occasion que l’album d’Amélie est bien nul, ce que je m’empresse de lui dire: « Salut Amélie, pas mal les photos ».

Par la suite, j’apprends, à mon grand bonheur, que Facebook est supprimable définitivement. Je le fais sans réfléchir. Le site étant curieux jusqu’au bout m’oblige à justifier mon départ, ce que je fais avec une extrême sincérité: « Va te faire enculer espèce de connard de merde, tu crois que je vais te refiler mes infos Mark, hé ben tu te trompes, c’est fini! Je vais aller au parc et admirer les fleurs, la vraie vie! ». Ce que j’ai réellement fait mais les remords se sont installés lorsque plus tard, un professeur a dit en classe: « Rendez-vous ce soir sur Facebook, pour un questions-réponses concernant l’examen de fin d’année ». En créant un nouveau compte sur Facebook, je me rends compte que ma dignité a pris un sacré coup! Heureusement, le suicide virtuel commis n’est pas définitif, la renaissance est possible. Qui n’aimerait pas vivre cela dans la vraie vie: « Allez courage, c’est juste un suicide, je me jette dans le vide et c’est fini », un saut plus tard: « Où suis-je? Oh mon Dieu! Vous existez vraiment? Ah ben mince, j’aurais du y croire! Tout compte fait je vais revenir plus tard, à bientôt! ». Après une résurrection: « Ah me revoilà à la maison, on va sur eBay se procurer la Bible, à la poubelle les revues porno. C’est à quelle heure la messe? À 5h du mat’, j’irai même à l’avance. Tiens et si j’y allais tout de suite, il n’est que minuit? Pas grave! J’ai une soudaine passion pour la prière! ».

Je ne calcule plus le nombre de fois où j’ai envoyé paître le site de Zuckerberg et le nombre de fois où j’y suis revenu comme si de rien n’était, comme une merde en somme. Pourtant, quelque chose dérange sur Facebook, cette impression que notre vie est moins privée qu’à l’accoutumé. On ressent une telle délivrance, une fois débarrassé. Mais la tentation d’y retourner est trop forte: cette peur de passer à côté de certaines infos, de photos que l’on ne peut trouver ailleurs, de personne au bout du monde qu’on ne peut contacter autre part… Facebook reste tout de même futile, on le rend peut-être moins en le privilégiant: en invitant des amis à un évènement par le site plutôt que par téléphone, par exemple. C’est également un plaisir coupable, on peut même y ajouter un voyeurisme consenti, on rôde sur les murs pour y trouver toutes sortes d’infos personnelles: « Qu’y a t-il sur Facebook ce soir: du poulet mangé par Hector avec photo à l’appui, un coup de gueule contre le mauvais temps poussé par Claire et une gastro pour Fidel! Passionnant! ». Malheureusement, Facebook est même une sorte de drogue qui a comme effet de faire perdre la saveur des choses, de rendre l’amitié anodine, de rendre les vœux d’anniversaires banals. Heureusement, on peut y trouver son bonheur (la promiscuité entre le fan et l’artiste entre autres) mais il est tellement mince à côté du reste. Facebook est l’ennemi de la rareté mais c’est pourtant bien le fait de se faire rare qui attise la curiosité, qui fait garder un certain intérêt, avec le site on perd cet attrait.

Facebook est clairement un facilitateur de communication mais il est malheureux de constater que nous, utilisateurs, avons en quelque sorte vendu notre âme au diable pour quelques likes. Le prix à payer est que l’on est fiché, que nos informations sont utilisées, à bon au mauvais escient, par la société de Mark. Dans cet univers virtuel, nous sommes entrés dans une sorte de phase finale, à savoir que nous en sommes des prisonniers volontaires. Une étude sérieuse a révélé que les personnes encore absentes sur Facebook sont de probables psychopathes ou des personnes qui ont quelque chose à cacher. Je dirais plutôt de braves résistants!

Mon blog: http://web-charlie.com/rocknerol/

Cet article est issu de la Tribune Libre. L’opinion exprimée n’engage que son posteur, et en aucun cas l’équipe rédactionnelle du site.

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Gaetan
Gaetan
26 septembre 2012 10 h 29 min

J'admire ce message !
Moi-même absent de Facebook, je ne m'en porte pas moins bien !

Hélas, comme mentionné dans l'article, on passe à côté de certaines choses/infos/photos/soirées/…

Mais pour rien au monde je ne retournerai sur cet infamie qu'est Facebook (et tous les autres réseaux sociaux)

Anonyme
Anonyme
26 septembre 2012 11 h 14 min

Ouais bien vu,pour une fois un message intéressant, merci, et merci pour la dernière phrase, je m empresse de la mettre dans mon facebook !!!

Mick
Mick
26 septembre 2012 12 h 58 min

C'est cool facebook, faut juste faire attention c'est tout !!

Facebook is dog shit
Facebook is dog shit
26 septembre 2012 20 h 16 min

Ton article fait penser aux trucs que l'on poste sur facebook quand on a rien à dire…

T'as raison, reste inscrit, Facebook c'est fait pour toi.

Moi j'ai supprimé mon compte une fois, n'y suis jamais revenu. Si tes amis te donnent rendez vous pour sauter d'un pont, tu iras aussi parce que 'tout le monde le fait'?

Erol
26 septembre 2012 21 h 18 min

Ton commentaire fait penser aux trucs que l'on écrit quand on n'a rien compris au texte.

Article pas d'une importance capitale mais en tout cas, je l'espère, pas dénué d'intérêt!

Lorsque je retourne sur Facebook, ce n'est pas parce qu'on me pousse à le faire mais bien parce que j'en ai l'envie personnelle. Et puis, le texte est du second degré.

Facebook is dog shit
Facebook is dog shit
26 septembre 2012 21 h 25 min

Ce n'est pas l'envie personnelle qui te fait aller sur le site, c'est le peer pressure, le plus triste est peut être que tu ne t'en rendes pas compte. C'est d'ailleurs à peu près toute la stratégie de facebook, avoir réussi à faire inscrire assez de monde pourqu'à présent tout le monde puisse se retrouver dans la case du "je vais pas me désinscrire parce que tous les autres y sont". Y être c'est prouver son existence, c'est ne pas être en marge. C'est la facilité. Cela dit ne t'en veux pas, tu donnes tout autant de l'eau au moulin… Lire la suite »

Erol
26 septembre 2012 21 h 35 min

Toi aussi, tu essaies d'exister à travers tes commentaires.

Tu sembles bien me connaître, vaux mieux ne pas généraliser. Je ne cherche ni à me distinguer ni à faire comme tout le monde.

Si je suis encore sur facebook, c'est parce qu'il m'apporte tout de même, je n'ai que peu de personnes en amis et c'est voulu!

Anonyme
Anonyme
27 septembre 2012 5 h 02 min

vous faites vraiment pitié … c'est comme les théorie sur la fin du monde et je ne sais autres complots gouvernementaux mondiaux. C'est sur que des petites personnes comme vous, sont très importants aux yeux de Mark Zuckerberg. Je crois que non seulement vous êtes complètement paranos et que vous sur-estimer votre personne. Et puis de toute façon, facebook vous lui donnez les info que vous voulez ; si vous voulez dire que vous avez 40 alors que vous en avait 20 c'est possible, si vous voulez mentir sur votre numéro et téléphone ou votre lui de résidence, c'est aussi… Lire la suite »

sweetcorpse
sweetcorpse
27 septembre 2012 12 h 48 min

Effectivement on pourrais voir Facebook comme ça si l'on ne sait pas s'en servir. Vous oubliez plusieurs choses tout de même….premièrement que l'internaute garde son libre arbitre, on choisit les infos qu'on donne (photos, etc) et on choisit qui les voit. On choisit les personnes que l'on souhaite "suivre" ou non. Facebook a aussi de trés bons cotés si on le prend pour ce qu'il est: un réseau social. Par exemple pour les gens qui voyage ou qui partent longtemps à l'étranger je peux vous dire que Facebook permet un lien génial, et une facilité de communication avec la famille… Lire la suite »

Erol
29 septembre 2012 3 h 52 min

J'ai écrit une suite à cet article sur mon blog. Un article où j'imagine Mark Zuckerberg cherchant à se venger. Dans le texte, il y a une flopée de références culturelles.

http://web-charlie.com/rocknerol/?p=327