Le droit d'être pessimiste ?


C’est la saison qui aggrave ça : pour chaque année qui commence, il semble impératif de sonder les populations, les corps de métier, les gens selon leur sexe, leur âge ou leur couleur de peau.
On leur demande de cocher la case « optimiste » ou « pessimiste » ou « ne sait pas », et on en tire pour plusieurs semaines des articles de presse, des débats à la télé, des discussions autour de la machine à café.
Comme personne n’est capable d’expliquer le pourquoi des réponses, cela permet de disserter sans fin : « les Français sont plus pessimistes que les Irakiens parce que ceux là ne peuvent pas tomber plus bas » (même pas sûr), « les vieux sont plus optimistes que les étudiants parce que leur retraite est déjà acquise » (sans compter la joie d’approcher la mort). On pourrait les « expliquer » tout aussi bien, ou tout aussi mal, et avec des arguments similaires.
Pourtant, si l’on constate que le monde va mal et que rien ne permet de prétendre que ça va s’arranger pour les salaires, l’emploi, les services publics, le climat, les abeilles ou les ours blancs, alors l’optimisme ne fait que consacrer l’irréalisme, ou la bêtise.
Finalement, en quoi serait il négatif plutôt que stimulant de revendiquer son pessimisme ? En voulant lier « le pessimisme de l’intelligence avec l’optimisme de la volonté », le révolutionnaire Gramsci (1891 – 1937) aurait bien embrouillé la pensée manichéenne de nos instituts de sondages. En effet, croire à l’avenir implique aussi de vouloir changer le Monde.
« Un pessimiste résigné est moins néfaste qu’un optimiste béat, mais c’est quand le noir de ce monde s’impose à l’esprit que surgissent de véritables perspectives de changement. »
Les Français, qui seraient parmi les plus pessimistes des homo sapiens peuplant actuellement l’anthropocène, deviennent révolutionnaires, c’est à dire optimistes, quand ils combattent ceux qui ont construit un monde où l’on ne peut être que pessimiste. Cela arrive, comme à l’automne 2010, où l’on a vu dans la rue « l’optimisme de la volonté ». Mais il existe aussi un « optimisme de l’intelligence », tel qu’exprimé par ceux qui affirment que plus de techno-science nous sauvera des catastrophes dues à la techno-science.

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K
K
15 janvier 2012 13 h 02 min

http://www.20minutes.fr/ledirect/858528/sondage-regain-optimisme-france-monde-2012
"L'optimisme est le plus fort en France et en Indonésie, où 91% des personnes interrogées pensent que cette année sera meilleure que la précédente."
Marrant, non ?

Anonyme
Anonyme
15 janvier 2012 17 h 58 min

J'ai pas tout compris.
Moyennement d'accord ; l'optimisme est certes socialement contextualisé mais c'est un sentiment individuel généraliser est dangereux.

No'
No'
18 janvier 2012 14 h 48 min

Oui l'optimisme pourvue de bonne attention est dangereux, le pessimisme permet de mettre carte sur table et de pouvoir aller au bout de soi, d'où en découle le changement.