L’homme qui faisait sauter les radars

Vous vous souvenez de l’homme mystérieux qui faisait sauter les radars à l’explosif ? Sur son lit d’hôpital, il a reçu les journalistes du Monde et pour lui, le responsable de ces malheurs n’est autre que Nicolas Sarkozy.

Extraits :

Au printemps 2007, alors que le nouveau président vient d’être élu à l’Elysée, Frédéric Rabiller, 29 ans, postier dans un centre de tri, décide de s’attaquer aux radars automatiques. « Je n’en pouvais plus de prendre des amendes, dit-il, d’une voix faible, sur son lit de douleur. J’avais voté pour Ségolène Royal, mais c’est Sarkozy qui est passé. Et il a refusé une loi d’amnistie… »

Jusqu’alors, Frédéric Rabiller vivotait, avec ses 1 500 euros mensuels, dans son studio de Clichy-la-Garenne (Hauts-de-Seine). Pas ou peu d’amis, aucune fiancée, des parents installés en province. « Je suis très introverti, lâche-t-il, je garde les choses pour moi, je ne me confie pas facilement. » Donc, faute de payer les amendes, il est contraint de faire des sessions de rattrapage imposées par la Sécurité routière. Même ensuite, il lui manque des points sur son permis de conduire.

« Je voulais faire quelque chose de retentissant, montrer que c’était abusif, toutes ces amendes. Alors j’ai commencé à m’intéresser aux explosifs. » Sur Internet, son seul véritable lien avec la société, il découvre le nom des ingrédients nécessaires à la confection d’engins explosifs. « Je me les procurais au Carrefour de Gennevilliers, puis je les assemblais, dans ma cuisine. Un enfant de 10 ans pourrait le faire. Je les mettais dans des ramequins, que je plaçais ensuite au freezer. Sinon, quand ça chauffe, c’est dangereux… »

La nuit du 6 juin 2007, il prend sa vieille 306, part dans l’Oise, se gare dans un endroit désert, et va placer sa première charge sur un radar, reliée à un minuteur de cuisine et une pile de 9 volts. « Je les mettais du côté opposé à la circulation, je ne voulais blesser personne », assure-t-il. Première explosion. « Je m’étais éloigné, mais j’ai entendu un bruit sourd, j’étais content, c’était ma vengeance. Je me suis dit que c’était facile, finalement, mais je n’en ai parlé à personne. » Du coup, c’est l’euphorie.

Frédéric Rabiller a trouvé de quoi meubler son temps, entre ses heures nocturnes à La Poste et ses rares hobbies : voitures de sport, documentaires historiques sur Arte. Il stocke des produits explosifs chez lui, et décide de fonder la Fraction nationaliste armée révolutionnaire (FNAR) dont il dit, aujourd’hui, être le seul membre. Il s’inspire du logo de la FAR, remplace le MP5 par un AK-47. C’est que le jeune postier se pique de révolution.  » Je voulais créer une mouvance révolutionnaire, je voulais que d’autres personnes me suivent. Je me suis trompé. » Chez lui, les policiers ont trouvé un exemplaire de Mein Kampf.

A l’en croire, Frédéric Rabiller se rêverait plutôt en Olivier Besancenot. « C’est vrai, j’ai voté pour lui, je l’admire. Et puis il est postier, comme moi. » Comme ses héros, il décide de communiquer avec les médias. Le voilà qui adresse en mars une lettre à Paris Match, où il réclame 4 millions d’euros et menace de passer à un stade supérieur de son action. « J’ai mis ça pour faire peur, je ne voulais pas faire de dégâts humains. Je ne pensais pas qu’ils publieraient ma lettre. Sinon, j’aurais fait moins de fautes d’orthographe. »

Il ne prend pas de précautions, laisse ses empreintes et son ADN sur le courrier. « Mais je m’en foutais, dit-il, je savais que je n’étais pas fiché, je n’avais jamais été arrêté. » Les services de police se mobilisent. La menace est prise au sérieux, d’autant qu’une dizaine de radars ont déjà été réduits en miettes. « Je savais qu’ils me cherchaient, je lisais les journaux. Quelque part, je m’inventais des aventures. »

Et puis, le 28 mai 2008, c’est l’accident. Chez lui, il manipule des produits hautement sensibles. « J’avais fini ma bombe, j’étais parti aux toilettes, et c’est là que ça a explosé. J’ai été projeté sur la porte d’entrée, et puis voilà… »  Terminé la vie d’aventurier, de révolutionnaire à la petite semaine. Il se retrouve sur un lit d’hôpital, perclus de souffrances. « La première opération a duré douze heures, je n’ai plus de main droite, il me manque trois doigts à la main gauche. J’assume mes actes, mais si j’avais su que je finirais comme ça… » Lundi, il va quitter l’hôpital du Kremlin-Bicêtre pour un centre de rééducation. Un autre combat, judiciaire, commence. Les juges se sont déplacés à son chevet pour le mettre en examen. « Je vais réclamer une requalification des faits qu’on lui reproche, déclare son avocat, Me Pierre Gonzalez de Gaspard. Il ne s’agissait pas, dans son cas, d’une entreprise terroriste. » Et Frédéric Rabiller d’acquiescer : « C’est vrai, quoi, je n’ai rien à voir avec Ben Laden… »

=> Bon bah voilà le résultat, comme quoi mieux vaut réfléchir longuement à ses actes avant de sombrer dans des actes stupides et sordides.

Source : Lemonde.fr

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