Non, je ne suis pas Charlie, et je refuse de participer à ce « moment d’histoire ».

Depuis la naissance de ce mouvement sans précédent et plein de bons sentiments, je ressens comme une sorte de gêne, de malaise qui m’interroge sur ma capacité à être empathique. Pourquoi diable ne suis-je pas descendu dans la rue en cette « historique » journée du 11 janvier, avec des millions de Français, pour défendre la liberté d’expression face à l’obscurantisme et au terrorisme islamiste ? Je suis pourtant un fervent défenseur de la liberté d’expression, j’ai en horreur l’obscurantisme, et j’ai été comme tout le monde très choqué par ces attaques terroristes.

En observant cette masturbation collective autour des « valeurs de la République », en opposition au fanatisme religieux, j’avais comme une sorte de blocage psychologique, un genre d’instinct de survie, qui me poussait à ne pas tomber dans le panneau. Et je vous avoue que je me sens bien seul dans mon cas depuis 3 jours. Autour de moi, tous sont estampillés « Je suis Charlie », et partout où je sors, « nous sommes tous Charlie ». Comme je ne suis pas le mouvement, on me perçoit comme un personnage hostile et bizarre.

Je ne suis pourtant ni complotiste, ni conspirationniste, ni anticonformiste, j’essaie simplement de faire preuve de logique. Et je me suis alors demandé ce qui pouvait bien m’empêcher de participer à cette expression collective, qui est a priori noble, justifiée et émouvante.

 

1. Je ne suis pas Charlie parce que je ne manifeste pas « contre le terrorisme »

Et pour cause, le terrorisme n’est pas une expression obscurantiste par essence qui a pour objectif de terroriser dans le but d’accomplir un soi-disant « djihad », mais la conséquence et le moyen d’une action commanditée, voulue et planifiée par des pouvoirs qui ont un intérêt à en tirer.

Or, à en croire ce qui se dit et se lit partout, il existe dans le monde et en France, une force appelée « islamisme » qui cherche à imposer ses idées par la terreur. Sincèrement, entre vous et moi, vous croyez à cette théorie ? Selon vous, il y a quelque part au Yémen, une armée qui se fait appeler « Al Qaïda », dont le rêve est de dominer le monde (en attaquant un journal en fin de vie ?), et qui s’est dit un jour que ce n’était pas possible que Charlie Hebdo continue d’imprimer ses 30 000 malheureux exemplaires ?

Et comme par hasard, l’autre action menée dans l’épicerie de la Porte de Vincennes, est signée d’une franchise Daesh en Syrie ?

Il faut vraiment être naïf pour croire à de pareilles calembredaines…

https://www.dailymotion.com/video/xiwm1i_les-guignols-de-l-info-et-la-theorie-du-complot_fun

En d’autres termes, descendre dans la rue pour crier son attachement à la liberté d’expression, mise en péril par des fanatiques religieux, revient justement à… tomber dans le panneau.

 

2. Je ne suis pas Charlie parce que je considère que nous sommes responsables de cette situation chaotique

A l’heure où nous sommes en train de donner une leçon de démocratie à tous les obscurantistes de la terre, il faut rappeler que les premiers responsables de l’obscurantisme, c’est nous et nos gouvernements.

Qui a instauré le chaos en Irak et en Syrie en renversant des régimes sur la base de faux prétextes ? Qui a entraîné la guerre et le chaos dans le Tiers-Monde ? Qui a laissé se développer l’Etat Islamique ? Qui a financé Al Qaïda ? Je vous laisse répondre à ces questions et vous faire votre propre raisonnement.

hollande

Qui ne dit mot consent, et en laissant nos gouvernements jouer aux apprentis sorciers, nous – citoyens – sommes responsables de ces retours de bâtons.

 

3. Je ne suis pas Charlie parce que je ne veux pas être récupéré

Comble de l’indécence : en tête de file de ce cortège se trouve tous les salopards responsables du monde actuel, qui se bousculent les uns les autres pour apparaître le plus possible sur les photos. Ce sont eux qui ont donné les ordres pour bombarder, coloniser, détruire des pays entiers. Ce sont également eux qui à l’étranger soutiennent les groupes terroristes, via les pays du Golfe et la Turquie.

Et ce sont eux qui, sans aucune gêne, s’affichent fièrement en tête de file, tels des bergers guidant leurs troupeaux.

charlie-hebdo-bal-des-vampires

Je ne comprends sincèrement pas comment des millions de personnes ont pu marcher à leurs côtés, sans les condamner. D’ailleurs, on remarquera que contrairement aux terrorisme d’antan, les terroristes actuels n’attaquent jamais ces décideurs. Comme s’ils ne voulaient pas tuer ceux qui les entretiennent.

 

4. Je ne suis pas Charlie car je ne comprends pas où s’arrête la liberté d’expression

Avant de développer ce point, je tiens à préciser que je ne suis d’aucun clan, ni fan de tel ou tel journaliste ou polémiste.

Mais il y a une chose qui me turlupine : si Charlie Hebdo a le droit de faire des dessins graveleux sur les religions, pourquoi Eric Zemmour a-t-il été mis à la porte d’iTélé, et pourquoi en fait-on un infréquentable ? Ce raisonnement peut facilement faire l’objet d’une phrase à trous, et on pourrait mettre dedans bien des personnalités qui ont été mises au ban de la société pour leurs propos border-line.

Liberté d’expression, me dites-vous ? A géométrie variable, alors.

 

5. Je ne suis pas Charlie car on essaie de me vendre une guerre contre le terrorisme

Non, je ne participerai pas à ce mouvement démagogique de la liberté et de la démocratie en guerre contre le terrorisme islamiste. Comme je l’ai abordé dans le premier point de cet article, le terrorisme islamique est l’épouvantail qu’on agite pour mieux faire avaler certaines politiques, ou pour déstabiliser certains régimes non asservis.

Je n’accepte pas cette guerre artificielle créée de toutes pièces, surtout lorsque je sais nous formons et soutenons les groupes terroristes au Moyen-Orient via nos alliés sur place.

Nous décrivons ces attentats comme des actes odieux, et ils le sont. Mais cela ne l’est pas lorsque l’Occident, la France en première ligne (depuis Sarkozy et Hollande), entraîne, finance, arme et contrôle des mercenaires, des coupeurs de têtes et des mangeurs de cœur, de la Libye à l’Irak en passant par la Syrie.

Indignation face à la barbarie, me dites-vous ? A géométrie variable, alors.

 

6. Je ne suis pas Charlie car je n’aime pas que l’on me dise quoi penser

Avez-vous noté ces remarques défiantes de la part de certaines personnes à l’égard de ceux qui ne participaient pas à ce mouvement ? Il y a une sorte de dictature de la pensée, qui consiste à demander des comptes à tous ceux qui ne souhaitent pas participer à cette hystérie collective. On est dans une expérience malsaine, où une dictature de pensée l’emporte sur le libre-arbitre.

Ainsi, j’ai pu voir des gens demander quasi-agressivement à d’autres « pourquoi ils n’allaient pas à la manif », leur dire que « c’était important d’y être », pour « défendre la démocratie ». Cette même démocratie qui est en dehors de l’Europe responsable de bien des maux. Demandez donc aux gamins irakiens, syriens, afghans, ce qu’ils en pensent, de la démocratie.

 

7. Je ne suis pas Charlie, parce que l’heure est grave

Je ne veux pas participer à ce mouvement quasi-fanfaronnant et « à la mode » parce que la situation est extrêmement grave. Ce n’est donc pas le moment de se chercher un moment d’histoire à vivre, une émotion d’unité à exprimer.

itele-complot
Désigner l’autre de « complotiste », un classique du genre pour ridiculiser celui qui souhaite retirer ses œillères.

Il y a actuellement plusieurs pays en proie à des situations chaotiques, provoquées par nos propres élus. Une guerre froide fait en ce moment rage entre divers blocs dans le monde. Et des crises graves – financières, politiques, identitaires – sont sur le point d’exploser.

Cette marche en faveur de la liberté est à la fois condescendante et déplacée. Condescendante parce que nous, peuples occidentaux, n’avons aucune leçon de démocratie à donner aux autres, et déplacée parce que, comble de l’ironie, c’est en prétextant apporter la démocratie aux autres pays qu’on les pille et qu’on leur laisse nos petits cadeaux de bienvenue que sont l’Etat Islamique, et autres Al Qaïda

 

8. Je ne suis pas Charlie parce qu’une guerre continue

Et ce n’est pas de la guerre pré-fabriquée contre le terrorisme dont je vous parle, mais bien de la guerre entre les puissants, beaucoup plus machiavéliques, méchants et ignobles que le sont les simplets de terroristes islamistes, contre qui l’opinion publique manifeste.

L’administration Obama s’est déjà proposée d’offrir une « protection » – de type mafia – à l’Europe. La guerre froide contre la Russie continue de battre son plein. Et ceux qui ont décidé de cet attentat ne seront jamais poursuivis.

Au contraire, la série d’attentats en Occident va très probablement justifier une énième intervention néo-colonionale au Moyen-Orient, contre l’Etat Islamique en surface, mais en réalité pour reprendre le pouvoir à un Bachar el Assad inébranlable, soutenu par son allié russe.

 

9. Je ne suis pas Charlie parce que personne n’ose débattre des vrais sujets

J’aurais été Charlie si la manifestation avait été contre le terrorisme d’Etat et la manipulation des masses. Mais si c’est pour participer à une marche démagogique et niaise pour la liberté, au côté des chefs d’Etats les plus machiavéliques qui soit, je ne vois vraiment pas l’intérêt.

Je ne serai jamais Charlie car – et la vérité est plus horrible que la réalité actuelle – ils n’ont pas été tués parce qu’ils avaient dessinés de simples caricatures, mais plutôt sacrifiés car ils étaient la cible idéale d’agents secrets dont on ne sait rien, et qui avaient très probablement un intérêt à provoquer cela. Or, en manifestant pour la liberté de la presse, et en faisant bloc contre l’islamisme, non seulement on se trompe de combat, mais en plus, on fait exactement ce que les commanditaires souhaitent que l’on fasse : provoquer l’unité face au terrorisme, ce qui permet d’occulter tout le reste.

Quand je vois le niveau des débats, et que je lis les articles de la presse grand public – ça parle de liberté d’expression, de religion, de Dieu, de notre si belle démocratie où l’on doit rappeler qu’on a le droit de rire de tout, comme si c’était un point de débat – je me dis que les responsables de ces attentats odieux ont de beaux jours devant eux.

Pour l’heure, les masses continuent d’agiter naïvement leurs panneaux « Je suis Charlie », en croyant qu’ils font l’histoire, et vu le QI collectif, rien ne peut atteindre les vrais responsables, qui vont pouvoir continuer à faire mumuse avec le monde comme bon leur semble.

Le niveau médiocre des journalistes et des médias n’aide en rien, mais il y a heureusement certaines personnes sur les réseaux sociaux qui sont encore là pour faire le travail que ne veulent pas faire les médias traditionnels, en mettant en ligne des vidéos à contre-courant, comme les interventions pragmatique de Vladimir Poutine, l’interview ci-dessus de Dominique De Villepin, ou encore les différentes vidéos témoignant du soutien de Laurent Fabius aux rebelles syriens, dont on sait aujourd’hui qu’il s’agit en grande majorité d’islamistes de bas étage et pas de rebelles en mal de démocratie.

 

10. Si j’étais vraiment Charlie, je traduirais Bush, Sarkozy, Hollande et consorts devant un tribunal

Des gens innocents sont morts dans cette attaque. Ils ont été tués par des imbéciles ayant sombré dans l’islamisme. Or, toujours dans mon soucis de logique, j’ai remonté le fil de cette islamisation, et je suis arrivé à nos gouvernements successifs :

  • quelle idée ont eut nos services de renseignement d’embrigader des jeunes en perdition et de leur faire avaler une version de l’islam pour les envoyer ensuite faire la guerre contre des ennemis à l’extérieur imposés par d’autres acteurs ?
  • quelle idée de vouloir renverser des régimes par tous les moyens, juste parce qu’ils ne se soumettent pas et qu’ils protègent leurs intérêts (Kadhafi, Saddam Hussein, Bachar el Assad…), quitte à recourir aux islamistes ?
  • quelle idée d’utiliser Daesh/ISIS/ISIL comme des mercenaires à l’étranger, puis comme menace domestique à l’intérieur de nos frontières ?

Par conséquent, si j’avais – vraiment – voulu être Charlie, j’aurais manifesté contre les responsables de cette situation. Ceux qui par leur machiavélisme ou leur incompétence – le résultat étant le même, la mort d’innocents – ont entraîné ces tueries.

C’est ça, la vraie liberté : c’est la liberté de conscience, et le libre-arbitre. Et c’est de cette liberté-là dont je me réclame, pas de la vraie-fausse liberté abstraite que cette mascarade collective est en train de me vendre.

La naïveté des masses est bien cruelle puisque, comble de l’ironie, les véritables responsables – directement ou indirectement – de ces tueries marchent en tête d’un cortège indécent et triste. Je viens à l’instant de comprendre mon malaise.

49 Comments

Leave a Reply

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *