Télé, un monde sans pitié

Enquête au pays de la peur, du mensonge,
 des coups bas et de l’argent facile 

Rémy Pernelet est
rédacteur en chef de Télé 2 semaines
et TV Grandes Chaînes. 

Extraits (pages 38 à 42).

    Dans la plupart des pays, ça s’appelle l’autocratie. Pour M6, ça a valu à Nicolas de Tavernost le Prix du manager de l’année 2009 du Nouvel Économiste. Les allusions, souvent critiques et parfois publiques, à son autoritarisme exacerbé, ses « coups de gueule » célèbres ne le dérangent pas plus que ça. Il s’en amuse, même, concédant souvent « c’est vrai que je suis rugueux ». Voire « autocrate ». Et cela cache la vérité : Nicolas de Tavernost est vécu par beaucoup comme un tyran authentique, n’en déplaise à ceux qui échappent à son acharnement – pour l’instant… – ou y ont échappé. Même un tyran de la plus belle espèce, dont les débordements sont ravageurs. Réagir ? Inenvisageable, même lorsqu’on a été humilié publiquement, qu’on en a pleuré de rage, qu’on a sombré moralement, voire physiquement, car oser franchir le pas équivaudrait à se griller avec le monde de la télé dans son entier. [… ]

    Qu’on soit dans le ressentiment, comme cela apparaît lorsqu’on parle d’anciens collaborateurs, ou dans la retenue, lorsqu’on interroge des cadres encore en activité, une évidence ressort : à M6, le management par 100 % de stress, on sait de quoi il s’agit. « Toute la chaîne fonctionne comme ça, raconte un ex. Quand l’ascenseur s’arrête à un étage et que Nicolas de Tavernost est dedans, personne ne monte, et lui aime ça… » [ …]

    Dans l’exercice de ses fonctions de patron de chaîne de télé, Nicolas de Tavernost est parfois « bluffant ». Ce 10 décembre 2004, par exemple, le verdict de l’appel d’offres de la Ligue pour les droits du foot français, qui opposait depuis des mois Canal+ et TPS [dont M 6 était un des gros actionnaires], vient de tomber : Canal l’emporte pour la somme record de 600 millions d’euros, 120 millions de plus qu’en 2002…

 

Télé, un monde sans pitié, de Rémy Pernelet,
Flammarion enquête, 303 pp, 20 €.

    Si la télévision fait parfois rêver ceux qui la regardent, elle fait surtout cauchemarder ceux qui la font. Trahison, peur, mensonge, jalousie, plagiat, humiliation ou harcèlement sont l’ordinaire des acteurs de la télé. Animateurs, journalistes, dirigeants, producteurs, comédiens, attachés de presse, observateurs, tous subissent – certains appliquent – les règles de ce monde impitoyable. Plus impitoyable que les autres ? Bien plus !

    D’abord à cause de l’argent : certains animateurs gagnent cinq fois le salaire du président de la République, et reçoivent des  » primes d’exclusivité « , touchant ainsi plusieurs dizaines de milliers d’euros… même s’ils ne travaillent pas. Ensuite à cause de l’ivresse de  » l’antenne « , de la magie de la notoriété qui permet à un inconnu d’entrer du jour au lendemain chez 65 millions de Français. Cette folie touche chacun, jusqu’aux patrons de chaîne malmenant leurs cadres en public, juste parce qu’ils trouvent que le management par la peur marche mieux… La question n’est pas pourquoi ils se comportent ainsi (encore que), mais plutôt pourquoi les gens qui travaillent avec eux acceptent d’être traités de la sorte.

    Vous voulez d’autres histoires de ce genres ? Ouvrez ce livre qui montre a quel point le petit et Un monde sans pitiés…

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