Un condamné à mort innocenté…trop tard

«Un rapport ravageur, le genre de révélation qui devrait bouleverser toute conscience», écrit le New York Times.

Le New Yorker nous offre à lire un long et remarquable article à propos d’un homme, exécuté au Texas en 2004 pour avoir délibérément provoqué l’incendie de sa maison, ce qui avait entrainé la mort de ses 3 enfants en bas âge. Une étude scientifique rigoureuse a depuis démontré qu il n y avait aucune preuve que l’incendie , dans cette maison de plain-pied,à charpente en bois, située dans la quartier ouvrier de Corsicana, Texas, était d’origine criminelle ainsi que les autorités l’avaient présumé.

En d’autres termes, c’était un accident.
Aucun crime n’a eu lieu.

Cameron Todd Willingham, qui refusa de plaider coupable , ce qui aurait épargné sa vie ( condamnation à perpétuité ) , et qui clama son innocence jusqu’au dernier et douloureux souffle, avait en fait, toujours dit la vérité.

C’était inévitable qu’une instruction à l’issue de laquelle une personne clairement innocente avait été exécutée soit révélée.

Mais c’était loin d’être inévitable que ce soit cette affaire en particulier qui le soit.

 » J’étais extrêmement sceptique au départ » avoua le reporter du New Yorker, David Grann, qui commença a enquêter sur l’affaire en décembre dernier.

Le feu éclata le matin du 23 Décembre 1991. Willingham fut réveillé par les pleurs de sa fille âgée de 2 ans, Amber. Ses jumelles d’1 an, Karmon et Kameron se trouvaient également dans la maison.
La famille était pauvre, et la femme de Willingham, Stacy, était partie chercher des cadeaux de Noël pour les enfants à l’Armée du Salut ce matin là.

Willingham raconta qu’il avait essayé de sauver les enfants mais que la fumée et les flammes l en avaient empêché.

Ses cheveux et ses paupières prirent feu au cours de sa tentative. Alors que la chaleur s’intensifiait, les fenêtres de la chambre des enfants explosèrent et des flammes en jaillirent.

On dût même menotter Willingham, âgé de 23 ans à cette époque, alors qu’il essayait de retourner dans la maison afin de secourir ses enfants.  » Mes bébés, mes bébés » criait-il, en larmes, à genoux devant la maison.

Il n’y avait aucun raison au départ de croire que le sinistre était autre chose qu’un horrible accident.

Mais les experts de l’enquête, se déplaçant précautionneusement à travers les ruines de la maison , commencèrent à  » voir des choses  » ( un peu à la manière de ceux qui voient des formes se dessiner dans des tâches d’encre au cours d’un test de Rorschach ), choses qu’ils interprétèrent comme les preuves d’un incendie criminel.

Ils remarquèrent une carbonisation importante et profonde à la base de certains murs et des types de suie, suspects, ainsi que des schémas de brisures inquiétants dans le verre.

Même sans en trouver le motif, ils étaient persuadés que le feu avait été provoqué intentionnellement. Et si le feu avait été provoqué intentionnellement, qui d’autre que Willingham l’aurait provoqué ?

Toujours pas de motif réel en vue,ce qui n’avait pas empêché Pat Batchelor, le procureur de la République local( district attorney )de déclarer :  »
Les enfants gênaient sa consommation de bière et sa pratique du lancer de fléchettes  »

Willingham fût arrêté et mis en examen pour meurtre qualifié.

Et dès que Willingham fut officiellement suspecté, le témoignage des témoins oculaires commença a changer. Alors qu’initialement, les voisins l’avaient décrit comme hystérique et criant  » Mes bébés sont en train de brûler « , désespéré et voulant à tout prix que ses enfants soient sauvés ; il était décrit maintenant comme un homme qui s’était comporté bizarrement et qui n avait pas fait tant d efforts que cela pour sauver ses filles.

Et on aurait presque pu parier qu’une « balance » , un  » jailhouse snitch « , ne tarde pas à apparaitre. Ça arrive presque toujours.

Cette fois, ce fut Johnny Webb, un individu instable au casier judiciaire bien rempli, qui reconnut plus tard être  » mentalement affaibli  » et sous traitement médicamenteux, et qui avait commencé entre autres, à consommer des drogues illégales dès l’âge de 9 ans.

Les jurés mirent à peine une heure pour décider de juger Willingham coupable, et il fut condamné à la peine de mort.

Il est resté dans les couloirs de la mort 12 ans, mais ce fut seulement dans les semaines précédant son exécution que des preuves scientifiques, convaincantes, de son innocence, commencèrent à apparaitre.

Un scientifique de renom et expert en incendies criminels, Gerald Hurst, formé à Cambridge et largement reconnu comme un brillant chimiste, examina les éléments de preuve dans le cas Willingham et commença à éliminer systématiquement tout signe d’un incendie criminel.

Les autorités restèrent impassibles. Willingham fut exécuté par injection létale le 17 février 2004.

Et voilà qu’arrive maintenant un rapport sur l’affaire d’un autre scientifique reconnu, Craig Beyler, qui a été embauché par une commission spéciale, créée par l’État du Texas pour étudier les erreurs et les fautes dans le traitement des preuves médico-légales.

Le rapport est dévastateur, le genre de révélation qui devrait secouer les consciences. Il n’y avait absolument aucune base scientifique permettant de déterminer que l’incendie était criminel, a déclaré Beyler. Pas de base du tout même. Il a ajouté que le prévôt des incendies d’État qui a enquêté sur l’affaire et témoigné contre Willingham semble être totalement incapable d’une quelconque compréhension réelle du phénomène d’incendie. Il a affirmé que l’approche du maréchal semblait manquer de  » raisonnement rationnel  » et il l’a assimilé à des pratiques  » de mystiques ou médiums « .

Quand Grann a récemment informé la balance, Johnny Webb, que les nouvelles données scientifiques montrent que le feu n’était pas un incendie criminel et qu’un innocent a été tué, Webb sembla être pris de court. «Rien ne peut me sauver maintenant », dit-il

Traduit par Noelle © .

Article original : http://www.nytimes.com, article de BOB HERBERT
Travail réalisé après lecture de l’article du New Yorker : www.newyorker.com

Cameron Todd Willingham in his cell on death row, in 1994. He insisted upon his innocence in the deaths of his children and refused an offer to plead guilty in return for a life sentence. Photograph by Ken Light.
Todd Willingham en cellule (1994)

Vidéo avec paroles de sa belle-mère :

[youtube SpJNOAYz4bE]

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PlP
PlP
5 septembre 2009 17 h 21 min

En même temps rien ne prouve qu’il était innocent.Si tout ça se base sur des expertises qu’il est facile de remettre en cause il n’y a aucune preuve tangible de son innocence.

noelle
noelle
5 septembre 2009 17 h 32 min

Non, le problème, c’est que les soit-disant expertises qui ont aidé à sa condamnation, étaient basées sur des méthodes de « médiums », et pas par un médium mais par le Marshall chargé de l’affaire…C’est ca qui fait froid dans le dos. La science forensique pourtant, quand elle est bien appliquée, peut démontrer si un feu est d’origine criminelle ou pas. Les dynamiques du feu sont pourtant connues. On est loin des  » signes dans les murs » quand on fait de la vraie recherche scientifique. Et si un incendie est criminel, alors celui qui est accusé de l avoir déclenché est innocent.

noelle
noelle
5 septembre 2009 17 h 33 min

Et si un incendie est  » accidentel » a la place de « ciminel ».

Licio
5 septembre 2009 17 h 37 min

Je te signale PIP, que tu n’es pas sensé prouver ton innocence mais ce sont les autres (juges, experts, police,…) qui doivent prouver la culpabilité.
Donc, si comme tu dits « Si tout ça se base sur des expertises qu’il est facile de remettre en cause », si ces expertises sont si facile à remettre en cause, alors c’est qu’il n’y a aucune preuve de sa culpabilité. Donc, il est innocent
(on est innocent jusqu’à preuve du contraire donc)

PlP
PlP
5 septembre 2009 17 h 52 min

Non je parlais des expertises qui innocentaient Willingham,et c’est un peu le point faible des expertises d’ailleurs c’est que c’est toujours contestable,tu peux toujours la remettre en cause.
Je ne dis pas qu’il était coupable,je n’en sais rien, donc …
Et je suis d’accord avec toi c’est aux autres de prouver ta culpabilité,mais là en l’occurrence sa culpabilité a été «  »prouvée » »(prend bien en compte les guillemets,ils sont importants là).
Je dis juste que des expertises menées 10 ans après sur une situation d’incendie ne peuvent être 100% viables,et qu’elles sont facilement réfutables.

Licio
5 septembre 2009 17 h 53 min

Ha ok, j’avais mal compris ce que tu disais

noelle
noelle
5 septembre 2009 18 h 06 min

Ben réfute..PIP…

OZ
OZ
4 mars 2010 12 h 59 min

Ok mais quand même, les « preuves scientifiques » devaient quand même être maigres si elles ont toutes été réfutées, en plus il a dû être menotté pour l’empêcher de retourner dans la maison et le seul mobile qu’ils ont trouvé c’est que ses filles gênaient sa pratique du lancer de fléchettes…
Le pire c’est que sa seule option de survie aurait été d’avouer sa culpabilité. Le système est vraiment bâti sur l’hypothèse qu’il ne se trompe jamais.