Une nouvelle guerre du Liban ?

Une nouvelle guerre du Liban ? Dessin paru dans le journal Le Temps.

Par Rana MOUSSAOUI AFP – il y a 45 minutes

BEYROUTH (AFP) – Le Premier ministre libanais Fouad Siniora a choisi samedi la fermetĂ© face au Hezbollah en affirmant que son gouvernement tiendrait bon malgrĂ© le coup de force du mouvement chiite, et en demandant Ă  l’armĂ©e de retirer « immĂ©diatement » les hommes armĂ©s dĂ©ployĂ©s dans les rues.

Onze personnes ont pĂ©ri dans des combats et dans une fusillade au Liban, quatre jours après le dĂ©but des violences entre partisans de la majoritĂ© antisyrienne et de l’opposition soutenue par Damas et TĂ©hĂ©ran qui ont fait au moins 29 morts.

« La dĂ©mocratie a Ă©tĂ© poignardĂ©e au coeur (…) mais l’Etat libanais ne tombera pas face aux putschistes », a affirmĂ© M. Siniora dans une adresse Ă  la nation, son premier discours depuis la prise de contrĂ´le par le Hezbollah de Beyrouth ouest au terme de violents combats.

« Nous n’avons pas dĂ©clarĂ© la guerre au Hezbollah et n’allons pas la dĂ©clarer. Mais ses milices et celles d’Amal ont envahi les maisons et les quartiers de Beyrouth, mais nous ne permettrons pas cela », a-t-il ajoutĂ©.

« Je demande Ă  l’armĂ©e d’imposer la sĂ©curitĂ© Ă  tous et dans toutes les rĂ©gions et de retirer les hommes armĂ©s de la rue immĂ©diatement », a affirmĂ© M. Siniora depuis le siège du gouvernement, oĂą il a Ă©galement appelĂ© l’armĂ©e Ă  mettre fin au sit-in de l’opposition dans le centre de Beyrouth, qui dure depuis le dĂ©but de la crise libanaise, fin 2006.

Le chef du gouvernement a en outre mis en cause la passivitĂ© des militaires lors des combats, en estimant que l’armĂ©e devait « assumer ses responsabilitĂ©s nationales sans hĂ©sitation ni dĂ©lai et cela ne s’est pas produit jusqu’Ă  prĂ©sent ».

Les soldats avaient reçu l’ordre de ne pas intervenir dans les combats, de crainte d’une scission au sein de la seule institution encore solide et unie au Liban. Samedi, les militaires Ă©taient fortement prĂ©sents sur les principaux axes de la capitale. Au Liban l’armĂ©e est traditionnellement chargĂ©e du maintien de l’ordre.

A Beyrouth, six personnes ont Ă©tĂ© tuĂ©es et 20 blessĂ©es par des hommes armĂ©s qui ont ouvert le feu sur une foule participant aux funĂ©railles d’un civil sunnite tuĂ© dans des combats dans l’ouest de la capitale, a dĂ©clarĂ© Ă  l’AFP une source hospitalière.

Dans le nord du Liban, à Halba, cinq personnes, dont des civils, ont péri lors de violents combats entre militants du Parti social nationaliste syrien (prosyrien) et partisans du Courant du Futur, le parti sunnite de Saad Hariri, un pilier de la majorité.

Ce sont les partisans de M. Hariri qui ont Ă©tĂ© chassĂ©s la veille des quartiers de l’ouest de Beyrouth par les combattants du Hezbollah, seul mouvement Ă  ne pas avoir dĂ©sarmĂ© après la guerre civile.

La vie avait timidement repris le matin dans l’ouest de Beyrouth après ces combats de rue, les pires depuis la guerre civile (1975-1990). Les commerces ont rouvert leurs portes, et les habitants s’aventuraient dans la rue, alors qu’un nombre limitĂ© de combattants chiites Ă©taient visibles dans l’ouest de Beyrouth.

« La prĂ©sence des Ă©lĂ©ments armĂ©s a diminuĂ© de manière significative et il n’y a plus de danger pour les civils », selon un porte-parole de l’armĂ©e.

La route menant Ă  l’aĂ©roport international de Beyrouth, oĂą aucun vol n’Ă©tait prĂ©vu, est toujours bloquĂ©e par des pneus et des monticules de terre placĂ©s par le Hezbollah.

Les Ă©trangers continuaient de quitter le pays par la route via la Syrie, alors que la Turquie et le KoweĂŻt Ă©vacuaient leurs ressortissants.

Face Ă  l’escalade, une rĂ©union ministĂ©rielle arabe d’urgence, Ă  l’appel de l’Egypte et de l’Arabie saoudite, se tiendra dimanche au Caire.

La majoritĂ© avait accusĂ© le Hezbollah d’avoir menĂ© un « coup d’Etat » orchestrĂ© avec l’aide de Damas et TĂ©hĂ©ran. Ce camp diverge avec l’opposition sur le partage du pouvoir, plongeant le Liban dans une crise qui a paralysĂ© depuis 18 mois les institutions politiques et bloquĂ© l’Ă©lection d’un prĂ©sident de la RĂ©publique.

Les violences au Liban avaient éclaté quand une grève sur des revendications sociales avait été transformée par le Hezbollah en un mouvement de désobéissance civile qui a dégénéré en heurts.

Ces heurts se sont intensifiĂ©s après un discours du chef du Hezbollah Hassan Nasrallah qui a qualifiĂ© jeudi de « dĂ©claration de guerre » des dĂ©cisions du gouvernement liĂ©es au rĂ©seau de tĂ©lĂ©communications du mouvement et sommĂ© le cabinet de revenir sur ces dĂ©cisions et d’accepter un dialogue national.

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